Théâtre

Melancholia Europea

  • Le à

Adresse :
Équinoxe scène nationale
Avenue Charles-de-Gaulle
36000 Châteauroux

Dans un théâtre transformé en salle d'archives contemporaine, cinq comédiens chercheurs se penchent sur le malaise de notre époque et explorent le concept de banalité du mal imaginé par Hannah Arendt. Ils enquêtent alors sur les grands dignitaires de régimes fascistes aux personnalités apparemment les plus « normales » (Himmler, Speer et Bousquet notamment). Laissant de côté les archives « officielles » de l’histoire du IIIe Reich, ils plongent dans la vie quotidienne et intime de petits bourgeois pragmatiques. Ils se confrontent alors au fossé abyssal entre des vies privés doucereuses, qui prêchent le bonheur familial et la respectabilité, et des actes politiques d’une violence extrême. La mentalité petite-bourgeoise domine : tout est normal, les affaires sont les affaires, la « politique n’existe pas » (dixit Speer), on doit « éviter le pire », « on n’a pas le choix », la routine doit continuer. Les comédiens retrouvent ces fantômes dans leur propre actualité.

Le fascisme ne prend pas forcément le visage d'un monstre, mais il peut avoir aussi celui d'un animal de compagnie. Il ne se manifeste pas forcément par des insultes haineuses mais il peut s'incruster au cœur d'arguments d'allure rationnelle, d'éléments de langage, de sujets de communication en apparence « convenables ». L'Europe en a fait et continue d'en faire l'expérience. S'inspirant de la pensée de la célèbre philosophe et journaliste Hannah Arendt, Bérangère Jannelle lance avec ses comédiens une exploration sur le concept de « banalité du mal » où il s'agit de se mettre à la place de l'autre, fut-il en apparence le plus le plus éloigné, le plus inatteignable. L'enquête à la fois démocratique, philosophique et théâtrale est menée par cinq « chercheurs », qui, fouillent dans les archives de l'Histoire pour mieux scruter l'actualité. À travers les livres, les films, les écrits intimes et officiels, les romans, ils fabriquent ainsi de l'Histoire au présent, questionnent les représentations et nous font vivre leurs confrontations intimes avec ces « élites » politiques, voire intellectuelles et ceux qui les ont combattus. Contre une politique de la puissance et de la brutalité, le théâtre devient le lieu commun de la vulnérabilité et du désir de l'autre. À travers ce théâtre de pensée activée avec les spectateurs, Bérangère Jannelle engage là une « guerre politique et poétique, la seule qui vaille ». C.G

Ce qu’on observe ? Des séries d’impostures banalisées qui usurpent le sens des mots : les « opinions » se substituent aux exigences de la pensée, le « peuple éternel » au peuple en devenir, la « liberté privée » à la « liberté publique », les « individus » aux « personnes », le « divertissement » à la « culture », l’« idéologie en kit » à la « pensée ». Tout converge vers la négation de l’autre.

Ce qui ressort de cette enquête ? Les liens entre le fascisme d’hier et d’aujourd’hui, le vide du langage et la paresse de la pensée dans laquelle se loge et prolifère la « banalité du mal ».

En complicité avec le public pris à témoin de cette recherche, les comédiens fabriquent théâtralement une histoire au présent, allant du plus intime au plus spectaculaire, activant en permanence les liens avec l’actualité à l’aide de leurs investigations dans les arcanes d’internet mités de publicité, de pop-up et de fishings qui interrogent sur le contrôle de nos vies… Cherchant à comprendre, ils se mettent à la place de l’autre et sèment un trouble fécond entre les époques qui interpelle chacun dans notre société. D’où la possibilité de construire ensemble une démocratie sensible.

Penser devient la responsabilité de chacun et de tous, le théâtre peut nous y aider.

La coproduction et l'accueil de ce spectacle de Bérangère Jannelle vont clore le cycle d'association entre la metteure en scène, La Ricotta et la Scène nationale de Châteauroux (2012-2017 ; période durant laquelle auront été créés les projets 66 Gallery, La Belle Étoile, Twelfth Night, Remake 1 et 2, Z comme Zigzag, Le Petit Z, etc. Le projet Melancholia Européa s’inscrit dans le mouvement des spectacles de « grand plateau » de Bérangère Jannelle et prend sa place dans un cycle consacré à la philosophie politique au théâtre.

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