Théâtre

Yvonne princesse de Bourgogne

  • Le de à

Adresse :
Équinoxe scène nationale
Avenue Charles-de-Gaulle
36000 Châteauroux

Yvonne princesse de Bourgogne - Jacques Vincey
Lundi 23 Novembre 2015 à 20H - Durée : 2h15 - Tout public

Certains soirs la jubilation monte en vous, comme une marée haute (in)attendue ; férocité ; jubilation d'une jeune comédienne (Marie Rémond), justement Moliérisée entre temps, qui parle de "personnage mythique et de rôle opaque", entourée de complices "renversants", dans une pièce acérée, étrange et familière, dont Gombrowicz lui-même disait "qu'il ne fallait pas jouer ça trop sérieusement" !...

"On peut résumer en quelques mots l'histoire tragicomique d'Yvonne.

Le Prince Philippe, héritier du trône, rencontre à la promenade cette fille sans charme ... sans attrait : Yvonne est empotée, apathique, anémique, timide, peureuse et ennuyeuse.

Dès le premier instant, le prince ne peut la souffrir, elle l'énerve trop ; mais en même temps il ne peut pas supporter de se voir contraint à détester la malheureuse Yvonne. Et une révolte éclate en lui contre les lois de la nature qui commandent aux jeunes gens de n'aimer que les jeunes filles séduisantes. "Je ne m'y soumettrai pas, je l'aimerai !" Il lance un défi à la loi de la nature et prend Yvonne pour fiancée.

Introduite à la cour royale comme fiancée du prince, Yvonne y devient un facteur de décomposition.

La présence muette, apeurée, de ses multiples carences révèle à chacun ses propres failles, ses propres vices, ses propres saletés ... La cour n'est pas longue à se transformer en une couveuse de monstres. Et chacun de ces monstres rêve d'assassiner l'insupportable Yvonne. La cour mobilise enfin ses pompes et ses oeuvres, sa supériorité et ses splendeurs, et, de toute sa hauteur, la tue.

(...) Yvonne est davantage issue de la biologie que la sociologie (...) ; elle est issue de cette région en moi où m'assaillait l'anarchie illimitée de la forme, de la forme humaine, de son dérèglement, et de son dévergondage. C'était donc toujours en moi ... et moi j'étais dedans ..."

(Entretiens de Gombrowicz avec Dominique de Roux)

"Quel est le sens d'une société qui devient de plus en plus riche sans que ça rende personne plus heureux ? A l'âge de pierre, tous les idiots mouraient. Ca n'a plus besoin d'être comme ça. Etre un idiot, c'est un luxe, mais aussi un progrès."

(Les Idiots, Lars von Trier)

"En plaçant Yvonne au coeur de sa pièce, Gombrowicz dynamite la comédie politique, sociale et amoureuse dans laquelle chacun tient sa partition. Yvonne crée de l'incertitude sur la représentation et l'ordre des choses, installe un autre rapport au temps et à l'espace, à l'image, au beau et au laid. Yvonne n'interprète rien, ne représente rien, n'exprime rien. Sa présence atone fait dysfonctionner le théâtre : c'est parce qu'elle est vraie que les autres paraissent faux.

"Les héros de la pièce sont des gens tout à fait normaux, mais qui se trouvent dans une situation anormale" avertit Gombrowicz dans sa préface.

Si la pièce nous entraine par moments jusqu'aux frontières de l'absurde et du grotesque, c'est pour en traquer les résonnances dans notre réalité quotidienne. Il n'est pas question de stylisation de bon goût, ou de mise à distance polie : ici, c'est le réel qui cogne et fait vaciller le théâtre."

(Jacques Vincey)

Mentions spéciales : Marie Rémond a obtenu le Molière 2015 de la révélation féminine pour ce spectacle.

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