Naïma Charafi, cette Onusienne qui a grandi à Châteauroux

Formatrice en langue française recrutée par l’Organisation des Nations Unies (ONU), Naïma Charafi a fait ses armes à Châteauroux. De New York où elle vit, elle raconte, avec modestie, son parcours exemplaire.

Cette Castelroussine a fait un petit bout de chemin depuis les bancs de l’école primaire de Touvent au bureau qu’elle occupe désormais au siège de l’ONU à New York. À 42 ans, Naïma Charafi a gravi les échelons un par un. Professeure chargée de former le personnel des Nations Unies, elle conçoit et anime des formations en français, langue de travail de l’ONU aux côtés de l’anglais. Elle intervient auprès des fonctionnaires chargés de rédiger en français des documents de première importance, mais également auprès des diplomates des 191 pays membres. L’une de ses missions consiste par ailleurs en la formation des futurs gardiens de la paix dans les pays où l’ONU déploie des forces. "L’ONU forme de plus en plus de femmes Casques Bleus qui aspirent à servir dans les opérations de maintien de la paix et à assurer la protection des populations civiles, notamment des femmes et des enfants", explique Naïma Charafi, qui a conçu des dispositifs de formation spécifiques à ces enjeux. Elle s’est ainsi rendue au Niger, au Rwanda, au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun et tout récemment au Mali. "Nous avons deux semaines sur place pour assurer la formation. Ce sont de vraies opérations commando", indique-t-elle. D’autres fonctions majeures lui incombent. Elle a notamment assuré une mission confidentielle, de 2007 à 2017, auprès du Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, et pris part à d’importantes réunions en présence de personnalités politiques comme lors de l’intervention de la France en Lybie ou en Côte-d’Ivoire ou dernièrement à l’occasion de la Conférence sur les changements climatiques, la COP 21, à Paris en 2015.

Fière de son pays

Sa vocation – et sa passion – pour l’enseignement de la langue française, elle le doit à un travail acharné, mais aussi à des rencontres. "Je me rappelle de professeurs remarquables au collège Saint-Jean. Au lycée Pierre-et- Marie-Curie, mon professeur de français a participé à ma vocation et à mon goût pour la langue française, se rappelle-t-elle. À l’époque, même pour une famille aux revenus modestes, il était possible d’avoir une approche multiculturelle grâce aux séjours linguistiques. C’est une chance de voir que la langue n’est pas qu’une fin en soi, mais aussi un vecteur de communication." À l’Université François-Rabelais de Tours, elle étudie les lettres classiques. "J’étais un rat de bibliothèque. J’ai pris tout ce que j’avais à prendre. J’étais incollable en grammaire. Je suis reconnaissante au système éducatif français. Grâce aux bourses, j’ai pu faire des études et je me suis sentie redevable. Ce système m’a donné envie de porter haut les couleurs de la France", confie-t-elle. C’est d’ailleurs le message qu’elle a transmis aux collégiens de Rosa-Parks, en décembre 2016, dans un témoignage vidéo adressé à l’occasion d’une journée de réflexion sur le thème : "Être issu des quartiers : force ou handicap ?".

Choisie parmi 2000 postulants

Après avoir passé une maîtrise de lettres modernes et une maîtrise de français langue étrangère, Naïma Charafi a obtenu une licence de droit par équivalence. Elle rejoint alors La Sorbonne à Paris où elle passe un doctorat en sciences sociales. Le sujet de sa thèse ? La mobilité des cadres hautement qualifiés. D’un grand cabinet d’avocats américain spécialisé dans le droit fiscal, où elle se forge pendant deux ans une solide expérience, elle donne des cours de français pour les expatriés et devient coordinatrice des cours de français des affaires dans une école de langues. Elle réalise alors des programmes de formation pour de grands groupes tels que Total-Fina ou l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). En 2003, l’ONU diffuse une offre pour recruter un professeur de langue française. Sa candidature sera retenue parmi 2 000 autres. "Il faut savoir saisir sa chance, voir les opportunités, indique-t-elle. Je l’ai fait par défi, mais ce n’était pas facile. En deux semaines, j’ai dû tout quitter." Issue d’une famille marocaine, elle rend aujourd’hui hommage à ses parents qui l’ont toujours soutenue, et revient régulièrement à Châteauroux. "Je suis très fière de ma ville, je m’en fais la représentante partout où je vais", assure-t-elle. En 2014, Naïma Charafi a été nommée membre d’honneur de la Société américaine des Professeurs d’Université Phi Beta Delta. Elle réalise alors du mentorat auprès d’étudiants américains et leur transmet ainsi les valeurs et le goût du travail qu’elle a reçus et qui l’ont portée aux plus hautes fonctions de l’ONU. En 2016, elle reçoit les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite sur proposition de Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères. Une reconnaissance qui couronne un parcours exceptionnel !

L'info en +

Bio express

- 1975 : naissance à Châteauroux.
- 2003 : intègre l’ONU en tant que professeure chargée de la formation du personnel.
- 2014 : est nommée membre d’honneur de la prestigieuse société d’universitaires "Phi Beta Delta" de l’Université de Staten Island aux États-Unis.
- 2016 : décorée par Laurent Fabius en tant que "chevalier de l’Ordre national du Mérite".

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