Véronique Sousset, l’esprit libre

Directrice de la Maison centrale de Saint-Maur depuis 2016, Véronique Sousset fait partie de ces femmes pour qui aucun défi n’est impossible. Fondamentalement éprise de liberté, cette Bretonne n’aime pas le prêt-à-penser et aimerait que la société change de regard sur le système pénitentiaire.

Dans sa chanson Les Cadors, Alain Souchon évoquait la maison centrale en ces termes : "Les cadors, on les r’trouve aux belles places, nickel / Les autres, c’est Saint-Maur Châteauroux Palace, plus d’ciel". Pas sûr que le chanteur aurait envisagé que cet établissement austère, synonyme d’incarcération, serait un jour dirigé par une femme, dont l’amour pour la liberté est un aveu permanent. Pourtant, depuis un an, Véronique Sousset en est la directrice, après un parcours atypique, aussi loin que possible des voies tracées qu’elle avoue abhorrer. "Dans ma famille, personne n’est de près ou de loin en lien avec le monde judiciaire ou carcéral", avoue-t-elle avant d'enchaîner : "Mais j’ai eu la chance d’avoir des parents ouverts d’esprit qui savaient ce que je voulais faire et n’ont rien fait pour m’en empêcher. Même si, je précise, ce n’était pas une vocation, j’avais juste l’intuition que je pourrais servir dans ce domaine."

Des barreaux au barreau

Après des études très brillantes ("enfin, surtout à la faculté où je me suis épanouie", concède-t-elle), la Finistérienne entre dans l’administration pénitentiaire à l’orée des années 2000, "une administration profondément humaine avec tout ce que cela charrie de complexité". Un choix qui ne s’est jamais démenti et qui correspond tout à fait à ses attentes, même si elle fera un crochet de quatre années du côté des prétoires comme avocate. "En passant des barreaux au Barreau, j’ai pu voir l’autre face de la justice. J’ai même eu l’occasion de défendre, comme commise d'office, un meurtrier d'enfant ce que le grand public appelle un “monstre” mais qui n’est aussi qu’un homme." Elle en tirera un livre sorti tout récemment, Défense légitime (éditions du Rouergue), où elle parle de cette expérience marquante à plus d’un titre.

Liberté et pluridisciplinarité

De retour en milieu carcéral en 2012, la dynamique quadragénaire renoue avec un travail moins solitaire que celui d’avocat. "Même si j’assume la solitude du chef, qui doit décider au final, j'apprécie vraiment de travailler en équipe, avec des gens formidables et impliqués, ici dans cette Maison centrale qui a une histoire, un passé. C’est un vrai plaisir de travailler ici, tout comme de découvrir une jolie région que je ne connaissais pas. Une chose est sûre, même si je suis chef d’un établissement pénitentiaire, je ne me résume pas à ce que je fais. J’ai une vie intense en dehors. J’adore les mots, la culture, la mer, la liberté, dont il faut connaître la valeur pour exercer en milieu clos. J'ai envie de vivre des choses exceptionnelles." Curieuse de tout, vous la croiserez sûrement à Équinoxe ou à l’Apollo, lors d’expositions ou bien au bord des étangs de la région, qui lui rappellent parfois les bords de son cher océan Atlantique. Peut-être aussi une façon de s’évader pour cet esprit libre, qui n’aime rien moins que les pas de côté.

L'info en +

Bio express

- 1973 : naissance à Quimper.
- 1996 : obtient son DEA (Master 2) en Droit pénal et sciences criminelles à Bordeaux.
- 2000 : reçue 1re au concours d’administration pénitentiaire, entame sa carrière de directrice d’établissement pénitentiaire à Caen (jusqu’en 2003), puis Brest (2003-2006) et Rennes (2006-2008).
- 2008 : prise d’une disponibilité pour devenir avocate.
- 2012 : réintègre le ministère de la Justice, est nommée au Centre de détention de Nantes.
- 2016 : prend son poste à la Maison centrale de Saint-Maur.

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